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LES PETITS FORMULAIRES DU GRAND DÉSARROI DES COMBATTANTS DE LA 24 ÈME HEURE. L'AVEU !





Madame, Monsieur,


Il faut que je vous raconte une scène qui ne manque pas de piquant. À peine le voile levé sur la réalité du commerce local — la liste qui s'allonge des terrasses à vendre, de la boulangerie fermée au Café de la Gare en passant par le Bistrot Pastis —, voilà qu'un vent d'agitation souffle chez les fidèles du système local.


Subitement pris d'une ferveur participative, les affidés du clan se précipitent pour distribuer des questionnaires et lancer des sondages, avec la gravité d'experts découvrant soudain l'existence de la gravité terrestre.


Vision à long terme, appels aux bonnes volontés, collecte d'idées pour « inverser la tendance » : toute cette agitation est orchestrée avec l'aplomb serein de ceux qui n'ont, personnellement, jamais eu la moindre part de responsabilité dans le déclin qu'ils font semblant de découvrir.


C'est beau, ces prises de conscience sur commande. On devrait leur consacrer une rubrique météo : « Ce matin, fraîcheur persistante des idées neuves chez les relais habituels, réchauffement brutal des consciences dès que les vérités dérangent. »


Petit florilège des leçons de la 24ème heure


Parce qu'un bon courrier de lecteur se doit d'être généreux en illustrations, en voici quelques-unes, purement hypothétiques bien sûr, que le hasard place parfois sur notre chemin :


  • Le commerçant et le plan de relance. Imaginez un commerçant dont la vitrine affiche depuis des mois un « fermeture exceptionnelle » qui commence à sentir le définitif. Ce même commerçant ne manque pourtant jamais une occasion d'expliquer à ses voisins comment il faudrait gérer une boutique : diversifier l'offre, soigner la trésorerie, anticiper les charges. Des conseils frappés au coin du bon sens, et c'est bien là le drame : il les connaît tous, ces conseils. Il a simplement commencé à les professer un peu après avoir fermé la porte plutôt qu'un peu avant.


  • Le capitaine et l'iceberg. On connaît aussi le lieutenant de bord qui, une fois la coque ouverte en deux et les canots de sauvetage à l'eau, sort un calepin pour distribuer des formulaires aux passagers sur l'art de la navigation prudente. « Selon vous, quelle trajectoire le navire aurait-il dû prendre ? », demande-t-il du haut du seul canot qui flotte encore, pendant qu'on cherche des couvertures pour les naufragés.


  • Le jardinier de la terre brûlée. Il y a enfin celui qui a passé des années à entretenir le jardin en circuit fermé, au désherbant plutôt qu'à l'eau claire, et qui, contemplant aujourd'hui un terrain sec comme un sermon de carême, distribue des imprimés pour demander aux riverains quelles graines ils suggèrent de planter. On salue la démarche. On s'interroge sur le moment choisi pour découvrir le jardinage.


Mieux vaut tard que jamais ?



Ce qui frappe, dans ces mouvements de menton tardifs de la garde rapprochée, c'est la coïncidence entre la soudaine lucidité du diagnostic et la proximité de ces diagnostiqueurs avec l'origine du mal.


Après avoir nourri l'entre-soi, fermé les yeux sur les difficultés des gérants et défendu la fermeture du système, il aura suffi d'un article pour que leurs certitudes vacillent. Mieux vaut tard que jamais : en lançant ce questionnaire en urgence, ils reconnaissent enfin, en creux, ce qu'ils niaient jusqu'ici.


Mais la manœuvre est transparente : en interrogeant les habitants sur des solutions évidentes, leurs affidés cherchent surtout à défausser le réseau de ses responsabilités.


On aimerait applaudir la démarche. Mais on ne règle pas les problèmes avec les méthodes de ceux qui les ont entretenus. Einstein l'avait remarqué avant nous, et il n'était pourtant pas membre du comité de soutien local.


Alors, merci pour ces questionnaires. Vraiment. L'aveu implicite du déclin est enfin formulé. Mais la prochaine fois, la réflexion... peut-être un peu plus tôt ? Et surtout arrêter de critiquer ceux qui courageusement dénoncent la situation depuis des mois, voire des années. Et cherchent des solutions !


Un lecteur qui a de la mémoire, et un calendrier

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