L'EXEMPLARITÉ, CE VIEUX MOT DONT NOS ÉLUS SE MOQUENT
- transian citoyen
- 1 juin 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 août 2025

Hubert Falco a été condamné pour recel de détournement de fonds publics. Il a été déclaré inéligible immédiatement, malgré l’appel, conformément à une loi claire et démocratiquement votée. Jusque-là, rien d’extraordinaire dans un État de droit : un élu, condamné pour une atteinte grave à la probité, est privé de son droit à représenter le peuple. C’est logique, attendu, sain.
Et pourtant, une fois de plus, le réflexe corporatiste s’est manifesté. Cette fois, c’est Jean-Pierre Giran, maire de Hyères, qui a pris sa plume pour s’indigner… non pas de la faute, mais de la justice. Son argument ? Falco a « tant fait » pour Toulon. Autrement dit : le mérite efface la trahison, la longévité justifie l’infraction. Mais depuis quand, en République, les bons services passés permettent-ils de contourner la loi ?
La loi est claire. Elle a été votée. Et elle doit s’appliquer.

Depuis la loi Sapin II (2016), puis celle pour la confiance dans la vie politique (2017), l’inéligibilité est devenue automatique pour certains délits liés à la probité. Mieux : le juge peut décider, au cas par cas, de rendre cette inéligibilité immédiatement exécutoire, même en cas d’appel. Ce pouvoir n’est pas arbitraire. Il est encadré, débattu, motivé, et validé par le Conseil constitutionnel.
Ce sont les parlementaires eux-mêmes qui ont voulu cette exigence renforcée. Parce que la confiance du citoyen envers ses représentants est un bien précieux. Alors pourquoi, aujourd’hui, certains de ces mêmes élus s’indignent ? Parce qu’ils découvrent, trop tard, que les lois qu’ils ont votées… s’appliquent aussi à eux.
La vieille tentation de l’impunité
Ce qui choque ici, ce n’est pas la sévérité du droit. C’est le double discours. Cette indignation à géométrie variable. Lorsqu’un citoyen fraude aux aides sociales, on l’humilie publiquement. Lorsqu’un élu détourne des fonds, on le plaint !

Certains invoquent même la morale ou la personnalité pour relativiser les faits. Faut-il rappeler que l’on entendait des choses similaires dans d’autres sphères de pouvoir ?Prenez l’exemple de l’Abbé Pierre. Une figure tutélaire, indiscutable, presque sanctifiée. Et pourtant, des zones d’ombre ont émergé sur sa complaisance ou ses silences face à certaines affaires douteuses. A-t-on, pour autant, considéré que ses mérites passés autorisaient l’opacité ou le déni ? Non. L’Église, elle, condamne (du moins officiellement). Mais nos élus, eux, se défendent entre eux. Toujours.
La démocratie représentative à bout de souffle
Ce que montre cet épisode, ce n’est pas simplement un malaise judiciaire. C’est une fatigue morale de notre démocratie représentative. Quand des élus, pourtant garants du cadre républicain, choisissent de défendre leurs amis plutôt que les principes, ils ne protègent plus la démocratie : ils l'affaiblissent.
Et pendant ce temps, les citoyens, eux, respectent la loi, s’acquittent de leurs obligations, et ne disposent d’aucun soutien politique quand ils trébuchent. Ils observent, impuissants, une caste politique qui se permet ce qu’elle n’autorise à personne d’autre. Ils constatent que certains, sous prétexte d’avoir été « de bons élus », pensent pouvoir contourner la loi qu’ils ont eux-mêmes contribué à édicter. Et c’est là que naît le ressentiment démocratique. Celui qui nourrit tous les extrêmes, tous les populismes, tous les renoncements.
L'onction électorale ne lave pas plus blanc que blanc

Qu’un élu ait été porté au pouvoir par les urnes ne lui confère aucune immunité morale. Le suffrage universel n’est pas un savon magique. Il ne blanchit pas les fautes, il ne transforme pas une condamnation en malentendu. Être élu n’excuse rien. C’est précisément parce qu’on a été choisi par le peuple qu’on se doit d’être irréprochable. Sinon, c’est la confiance elle-même qu’on trahit.
Il n’est pas trop tard. Mais presque.

Si nous voulons préserver la démocratie représentative, il faut qu’elle se montre digne de confiance. Cela commence par une évidence : un élu condamné pour une atteinte à la probité n’a plus sa place aux commandes. Pas parce qu’il est « mauvais », mais parce qu’il a brisé un pacte. Et dans une démocratie digne de ce nom, ce pacte est sacré.
Assez d’excuses. Assez de justifications. Assez de solidarité entre puissants.
La République n’a pas besoin de héros déchus. Elle a besoin de représentants responsables.
JPC
NB : « Cette tribune a été envoyée à plusieurs rédactions nationales en mai 2025. »








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