L’ÉTAT DE DROIT SOUS TENSION : LE CRI D’ALARME DE Mᵉ JEROME KARSENTI

Invité au congrès judiciaire organisé à Toulon par l’association A.M.O.U.R de la justice, l’avocat pénaliste et auteur Jérôme Karsenti livre un constat sans concession sur l’effritement des libertés fondamentales, les failles de la lutte anticorruption et le traitement inégalitaire de la justice en France.
À l’occasion de la sortie de son ouvrage Corruptions : L’effondrement de l’État de droit, l’avocat pénaliste Jérôme Karsenti interviendra lors d’un colloque à la faculté de droit de Toulon. Figure majeure de la lutte contre la délinquance politico-financière et ancien conseil d’Anticor, il dresse un bilan alarmant de la situation démocratique actuelle.
Des lanceurs d’alerte exposés et précarisés

Alors que la protection des lanceurs d’alerte devrait constituer un pilier démocratique, Jérôme Karsenti estime qu’elle demeure « très illusoire ». Bien que le Défenseur des droits puisse émettre un avis favorable, celui-ci ne possède aucune valeur coercitive. Le juge judiciaire n’intervenant qu’en bout de course, les lanceurs d’alerte subissent dans l’intervalle de lourdes représailles : licenciements, harcèlement ou poursuites pour diffamation. Ces citoyens courageux payent souvent de leur vie personnelle, financière et psychologique leur engagement moral.
Une justice à deux vitesses
Interrogé sur l’égalité des citoyens devant la justice, l’avocat dénonce un système à deux vitesses. S’il reconnaît des avancées historiques, comme les condamnations d'anciens dirigeants politiques, il pointe des disparités criantes. Tandis que les procédures visant de hauts responsables politiques s’étirent sur des années et se soldent rarement par une incarcération effective, les citoyens ordinaires ou jeunes manifestants sont jugés en comparaison immédiate et écopent de prison ferme directe. Un traitement préférentiel qui alimente le sentiment d’injustice et de colère.
Le secret des affaires contre la transparence
Autre obstacle majeur : l’extension du secret des affaires, devenu selon lui un « bouclier presque absolu » pour entraver le travail des journalistes et paralyser les enquêtes. Illustrant son propos par l'affaire des Implant Files, il souligne la grande hypocrisie de l’État, qui vote d’un côté des lois de transparence tout en élargissant de l’autre le champ des secrets administratifs.
Une dérive sécuritaire à contrer
Face aux méthodes de maintien d’ordre de plus en plus répressives et à la banalisation des logiques de rentabilité dans les décisions publiques, Jérôme Karsenti alerte sur une corruption « légalisée » qui effrite l’État de droit de l’intérieur.
Pour l’avocat, il y a une urgence absolue à ce que les citoyens se ressaisissent afin de défendre leurs libertés face à la dérive d’une société toujours plus sécuritaire.
Note : Le congrès réunit praticiens du droit et enseignants-chercheurs autour de deux tables rondes dédiées à la protection usuelle de l’État de droit et aux menaces qui pèsent sur lui.




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