BIBLIOTHÈQUE SANS STATUT, TIERS LIEU SANS RÈGLES : SYMPTOME D’UNE GESTION MUNICIPALE DÉFAILLANTE ?
- transian citoyen
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La commune de Trans-en-Provence disposait autrefois d’une médiathèque gérée par l’agglomération Dracénie Provence Verdon. Celle-ci a été fermée, officiellement faute de fréquentation suffisante.
En compensation, l’agglomération loue aujourd’hui un local mis à disposition de la commune, dans lequel a été installé ce qui est présenté comme une « bibliothèque – tiers lieu ».
Un équipement municipal ou para-municipal qui n’a jamais été inauguré, et on comprend pourquoi : le cadre administratif reste flou et la structure très récente n’est pas encore stabilisée.

Des bénévoles engagés… mais laissés seuls
Ce lieu fonctionne essentiellement grâce à l’engagement d’une équipe de bénévoles, placée sous la houlette politique d’une conseillère municipale aujourd’hui candidate à l’élection municipale.
Je tiens à le dire clairement : le bénévolat n’est absolument pas en cause. Bien au contraire.
Les bénévoles — que j’appelle avec sympathie les « bookettes » — sont accueillantes, disponibles et sincèrement investies. Leur engagement mérite respect et reconnaissance.
Mais une commune ne peut pas bâtir une politique culturelle uniquement sur la bonne volonté de quelques citoyens, aussi méritants soient-ils.
Le bénévolat est une richesse.Il ne peut pas être le substitut d’une véritable politique publique.
Victor Hugo l’expliquait déjà à la tribune de l’Assemblée nationale :
« Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en supprimant la charité ; mais je suis de ceux qui pensent que la charité ne suffit pas et que la justice seule peut la faire disparaître. »
Autrement dit, la bienveillance et l’engagement personnel peuvent soulager les difficultés, apporter de la présence humaine et de la générosité.
Mais ils ne remplacent pas la volonté politique, ni l’organisation collective que seule une politique publique peut garantir.
Victor Hugo ajoutait encore :
« Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée. »
La solidarité durable ne repose pas uniquement sur la générosité individuelle ;elle suppose des décisions publiques, des moyens et un cadre structuré.
Et c’est précisément ce qui manque aujourd’hui à cet équipement culturel.
Une association créée récemment
La gestion de ce lieu semble désormais s’appuyer sur une association :« Bibliothèque Tiers Lieu Culturel Oustau per Touti », créée le 30 octobre 2025, domiciliée à la mairie (2 place de l’Hôtel de Ville, Trans-en-Provence).
Elle a pour objet de promouvoir des actions culturelles pour l’ensemble de la population transiane et environnante, en développant :
un lieu ressource (bibliothèque-documentation),
un lieu d’animations (ateliers d’écriture, rencontres autour de livres, jeux, conférences),
un moyen de palier l’isolement et favoriser le « bien vivre ensemble »,
un lieu d’accueil pour café, thé et initiation numérique,
le portage des livres à domicile,
des rencontres intergénérationnelles,
un accueil pour structures petite enfance, MAM, centre aéré et séniors,
une participation à certaines animations de la commune,
la vente de produits pour aider au fonctionnement,
et, plus généralement, tout moyen connexe permettant de faciliter la réalisation de ses objectifs.
La présidente de l’association est Mme Anne-Marie Rigaud, conseillère municipale et candidate à l’élection municipale.
Conflit d’intérêts potentiel
Le fait que la présidente de l’association soit également élue soulève une question importante :
Lorsqu’il s’agit d’attribuer des subventions ou des moyens municipaux à l’association, Mme Rigaud doit se retirer du vote pour respecter le principe de neutralité et le Code général des collectivités territoriales. Cela a-t-il eté le cas ?
Même si aucune irrégularité n’est affirmée, la situation impose une vigilance accrue : la frontière entre gestion d’un équipement communal, animation associative et engagement politique doit rester parfaitement claire pour garantir la transparence et la confiance des citoyens.
Ni véritable bibliothèque, ni véritable tiers lieu
Cet équipement ne correspond aujourd’hui ni aux standards d’une bibliothèque publique, ni à ceux d’un tiers lieu moderne.
On y cherche notamment :
une connexion internet,
une structuration documentaire claire,
une intégration dans un réseau de lecture publique.
Autrement dit : un équipement culturel sans les moyens structurants qui devraient l’accompagner.
Le bénévolat mérite mieux que l’improvisation
Encore une fois, les bénévoles n’y sont pour rien.
Elles font ce qu’elles peuvent, avec énergie et générosité.
Mais le bénévolat ne doit pas devenir l’alibi d’une absence de politique culturelle structurée.
Une bibliothèque publique suppose :
un projet culturel clair,
un cadre juridique solide,
des moyens humains,
et une véritable volonté politique.
