6EME ÉPISODE DE LA RÉTROSPECTIVE MUNICIPALE DU TRANSIAN CITOYEN : LE LOUP DANS LA BERGERIE. CHRONIQUE D’UN DANGEREUX LECTEUR DE DÉLIBÉRATIONS.
- transian citoyen
- 14 mai
- 3 min de lecture

Il faut parfois peu de choses pour devenir un personnage inquiétant dans une commune. À Trans-en-Provence, par exemple, il suffit pour un élu :
de lire les dossiers,
de poser des questions,
de demander des explications,
et, comble de radicalité, de connaître un peu le fonctionnement
des collectivités.

Après 35 années passées comme DGS, je pensais naïvement que ces habitudes relevaient de la routine administrative. À Trans-en-Provence, elles m’ont valu un tout autre statut : celui du célèbre “loup dans la bergerie”.
J’avoue avoir été touché par cette promotion zoologique. Certains deviennent des sages locaux après une vie territoriale bien remplie. Moi, je suis devenu un prédateur municipal.

UNE DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE… MAIS PAS TROP PARTICIPATIVE

Le conseil municipal transian est une expérience institutionnelle fascinante. Sur le papier, chacun peut s’exprimer. Dans la pratique, il existe un subtil règlement non écrit :
la majorité parle,
l’opposition dérange,
et le public participe aux effets sonores.
À peine une question commence-t-elle qu’un étonnant phénomène collectif se produit :
agitation de bras,
soupirs indignés,
conversations parallèles,
interruptions théâtrales,
et parfois même cette célèbre discipline locale : la réponse avant la fin de la question.
Une forme de circuit court démocratique.
Le plus remarquable reste toutefois cette capacité exceptionnelle à transformer toute demande d’explication en attaque personnelle.
Vous demandez : “Comment cette subvention a-t-elle été attribuée ?”
Réponse implicite : “Cet homme veut manifestement détruire le tissu associatif, le bénévolat et probablement la fête du village.”
C’est un talent.
À ce niveau-là, demander un bilan financier pourrait bientôt être assimilé à un acte de vandalisme contre la buvette du loto.
L’ENTRE-SOI PROVENÇAL, CET ART DÉLICAT DE L’INVISIBLE

Évidemment, il n’existe aucun entre-soi à Trans-en-Provence.
Simplement :
les mêmes se connaissent,
les mêmes se soutiennent,
les mêmes se félicitent,
et les mêmes expliquent ensuite qu’il n’y a absolument aucun problème.
Une mécanique bien huilée.
Quant à l’opacité, elle est injustement critiquée. Je parlerais plutôt d’une transparence impressionniste : on distingue des formes générales, mais les détails restent artistiquement flous. Et puis il faut reconnaître une qualité à cette municipalité : elle est réactive.
Comme certaines communes, les élus d’opposition sont ignorés. Mais ici, en plus on les interrompt immédiatement. Ce qui témoigne d’une vigilance démocratique incontestable.
UNE PÉDAGOGIE LOCALE DE L’ISOLEMENT.

Ici, quand vous refusez de vous plier tranquillement aux usages du système, vous découvrez un phénomène fascinant : les “bonjours” s’évaporent, les conversations s’interrompent à votre approche, et certains vous regardent avec la prudence réservée aux colis suspects.
Je suis devenu une sorte de variante municipale du bouton “mute”. Une mise en quarantaine sociale

Le plus drôle reste cette discipline collective parfaitement maîtrisée : personne n’est officiellement hostile, mais tout le monde comprend très vite qu’il vaut mieux éviter de trop fraterniser avec "celui qui pose des questions”.
À ce niveau-là, même les poignées de main semblent soumises à autorisation administrative préalable. Et pourtant, tout cela se déroule dans un village où l’on parle sans cesse :
de convivialité,
de proximité,
de vivre-ensemble,
et d’esprit républicain.
Comme quoi, dans certaines communes, la fraternité fonctionne un peu comme les places de parking : elle existe… mais surtout pour les abonnés.

LE PÉRIL DU QUESTIONNEMENT

Au fil des conseils municipaux, j’ai fini par comprendre que le véritable problème n’était pas ce que je disais. Le problème, c’est que je demandais. Or, dans certains systèmes bien installés, la question est plus dangereuse que la réponse.
Une question oblige :
à préciser,
à expliquer,
à justifier,
parfois même à être cohérent.
Autant dire une escalade inutile.
Je comprends donc parfaitement pourquoi quelques élus de la majorité me regardent comme un empêcheur de tourner en rond. Car enfin, après tout :
pourquoi vérifier quand on peut approuver ?
pourquoi débattre quand on peut applaudir ?
pourquoi expliquer quand l’indignation suffit ?
Le loup, finalement

Avec le recul, ce fameux “loup dans la bergerie” me convient assez bien. Non pas parce que je prends plaisir à déranger, mais parce qu’une démocratie locale sans contradiction ressemble vite à une assemblée de copropriété où tout le monde vote les yeux fermés… jusqu’au jour où le toit fuit.
Et puis soyons honnêtes : si poser calmement des questions devient un acte de subversion municipale, alors l’état de la bergerie mérite peut-être effectivement quelques vérifications.
En attendant, je continuerai ce dangereux travail : lire les dossiers, écouter les réponses, et parfois remarquer qu’il n’y en a pas.
JPC
PS : À JEUDI PROCHAIN




moi même dans l' autre groupe minoritaire je partage cette analyse. j essaie juste de comprendre certaines décisions mais l absence de réponse aussi bien en conseil qu aux mail est déjà usante au bout de deux mois de ce nouveau mandat... il faudrait que cette majorité explique ses choix et ses décisions..et plus le silence se fait long...plus la suspicion prend place...et rassurez vous, plus on parle déjà vous, moins vous laissez les gens indifférents.