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16 AOÛT 1944 – 16 AOÛT 2026 : TRANS-EN-PROVENCE SE SOUVIENT




Il y a quatre-vingt-deux ans, notre village retrouvait sa liberté. Ce texte est dédié à celles et ceux qui, dans la nuit du 14 au 15 août 1944, sont tombés du ciel puis sont montés au combat pour que Trans redevienne française.


Un village au cœur du dispositif allié


Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, l'opération Dragoon — le débarquement de Provence — s'ouvre sur les plages situées entre Toulon et Cannes. Un événement majeur, parfois resté dans l'ombre du débarquement de Normandie, qui constitue pourtant une étape décisive de la libération de notre nation.

Trans-en-Provence ne fut pas un simple spectateur de cette nuit historique : notre commune s'est retrouvée pleinement intégrée à la zone de parachutage « A » du plan allié. En raison du relief encaissé des gorges de la Nartuby, aucun planeur ne pouvait s'y poser. Ce sont donc des troupes aéroportées qui ont ouvert les combats sur notre sol.

Dès cinq heures du matin, des hommes du 517th Parachute Infantry Regiment et du 460th Parachute Field Artillery Battalion touchent le sol à l'est du village, mais également en plein centre de Trans. La population et les résistants locaux, placés sous l'autorité du Bataillon de l'Armée Secrète du commandant Jean Blanc (basé aux Arcs), se portent aussitôt à leur rencontre pour les accueillir, les aider et les guider à travers un terrain qu'eux seuls connaissent.


Le sacrifice du matin du 15 août


Les Allemands, peu nombreux dans le village, tiennent alors fermement la route et la voie ferrée. C'est à l'entrée sud de Trans que les premiers affrontements violents éclatent. Trois hommes y perdent la vie ce matin-là : les parachutistes américains Philip Kennamer et Harry Moore, ainsi que le Français Jacques Debray, engagé au 1er Bataillon de Choc.

Une stèle, érigée à l'entrée du village, perpétue aujourd'hui leur mémoire. Que leurs noms soient prononcés chaque année avec gravité, comme on prononce ceux des héros que l'on refuse de voir disparaître dans l'oubli.


L'après-midi : le renfort et la marche vers Draguignan


En fin d'après-midi, le ciel de la vallée de la Nartuby se couvre de nouveau de voiles multicolores : les hommes du 551st Parachute Infantry Battalion sautent depuis la plaine de Valbourges jusqu'à La Motte et au Gabre de Trans. Forts de ces renforts, les libérateurs traversent notre village pour porter secours aux résistants qui se battent à Draguignan, chef-lieu voisin dont le sort est alors suspendu aux mêmes affrontements.


Le 16 août, jour de la liberté retrouvée


Unique photo connue à ce jour de l'inauguration de la stèle des 3 parachutistes tués à l'entrée du village. photo prise depuis Trans, (Photo famille Barret.).
Unique photo connue à ce jour de l'inauguration de la stèle des 3 parachutistes tués à l'entrée du village. photo prise depuis Trans, (Photo famille Barret.).

C'est au terme de cette journée et de la nuit qui suit que Trans-en-Provence bascule définitivement du côté de la liberté. Notre commune en a gardé la trace la plus évidente : une place porte, aujourd'hui encore, le nom de « Place du 16 Août 1944 ». C'est là que la municipalité organise la cérémonie commémorative de la Libération, avant que la soirée ne rassemble les Transians dans une liesse populaire qui doit tout à ceux qui, quatre-vingt-deux ans plus tôt, ne sont jamais rentrés chez eux.


Ce que nous avons le devoir de transmettre


Il serait facile, avec le recul des décennies, de réduire cette journée à une simple ligne sur un calendrier officiel. Ce serait une faute morale. Le 16 août n'est pas un folklore : c'est le souvenir précis d'hommes venus d'Amérique et de France, tombés à l'entrée sud de notre village pour que ses habitants ne connaissent plus le joug de l'occupant. C'est aussi le souvenir immortel de nos propres résistants qui ont pris tous les risques pour guider ces soldats tombés du ciel plutôt que de se terrer.


En tant qu'élu local, je m'associe pleinement et viscéralement à cette mémoire collective. Dans une époque où l'action publique s'égarerait à ne traiter que les seules affaires courantes, il est essentiel de se rappeler que la liberté dont nous jouissons chaque jour — y compris celle de débattre, de contester, d'exprimer nos convictions — a été payée du sang d'hommes jeunes, dont la vie s'est arrêtée un matin d'août, à quelques mètres seulement de nos maisons.


Honneur à Kennamer, à Moore, à Debray.

Honneur aux résistants de Trans et du secteur des Arcs.

Honneur à tous ceux qui, le 16 août 1944, ont rendu Trans-en-Provence à elle-même.


Jean-Pierre CHRUSZEZ

Conseiller Municipal

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